Les maladies évitables qui sont créées par l’homme

13 juillet 2020

Résumé du Facebook Live avec Dr Horacio Arruda 

Depuis quelques mois, nous sommes tous affectés personnellement et professionnellement par la Covid-19.

Par ailleurs, dans notre angle mort, il existe d’autres épidémies plus silencieuses et pernicieuses de maladies chroniques, d’obésité chez les enfants, de diabète de type 2. Toutes ces maladies évitables menacent à court et moyen terme la capacité de notre système de santé et services sociaux et l’état de santé global de toute notre population. Cette épidémie est déjà très présente depuis une vingtaine d’années ici et ailleurs dans le monde.

En plus de nous interpeller par rapport à nos valeurs et notre rythme de vie, la pandémie nous amène collectivement à repenser la place qu’occupe la santé publique dans l’échelle de nos priorités. 

En tant que présidente de deux tables de concertation nationale, soit la table sur un mode de vie physiquement actif (TMVPA) et la table québécoise sur la saine alimentation (TQSA), le sujet des saines habitudes de vie me tient particulièrement à cœur. J’en ai discuté avec le directeur national de la santé publique, Dr Horacio Arruda, le médecin de la population québécoise lors d’un Facebook Live. 

Dévoué et engagé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider le Québec à affronter cette crise, il nous explique les nombreux impacts qu’une pandémie peut avoir sur la santé des Québécois.

Ce triste drame humain doit être un tremplin de changements pour transformer le monde tel qu’il était avant la crise en valorisant non seulement les choix de société que nous faisons en matière de santé, d’économie, de transport, mais aussi dans nos petits gestes au quotidien tels que l’alimentation, l’exercice physique ou encore l’importance accordée à une bonne nuit de sommeil. 

Selon Dr Arruda, le moment est venu de miser sur la prévention afin de sensibiliser des gens et de privilégier les environnements qui facilitent l’adoption et le maintien de saines habitudes de vie.

Les maladies évitables qui sont créées par l’homme 

Sachant que les environnements conditionnent grandement les choix que les individus font au quotidien, comment pouvons-nous aider le citoyen à faire les choix sains tous les jours?

Plusieurs maladies chroniques et cancers pourraient être évités si nous avions tous l’habitude et la possibilité de manger sainement, de bouger régulièrement, de bien dormir ou encore de réduire notre stress. Malheureusement, le monde dans lequel nous vivons nous pousse à la sédentarité, et à la consommation d’aliments ultras transformés publicisés à coût de dizaines de millions de dollars.

Adopter de mauvaises habitudes de vie a contribué à  la hausse fulgurante du diabète au cours des dernières années ainsi que les taux d'obésité chez les enfants et les jeunes du Canada qui ont presque triplé au cours des 30 dernières années.

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Une première génération qui vivra sans doute moins longtemps que les précédentes si nous ne changeons pas drastiquement nos manières de faire. Inutile de mettre le blâme uniquement sur notre discipline personnelle pour adopter et maintenir un mode de vie sain. Même les plus convaincus d’entre nous peuvent par moment avoir de la difficulté à conserver de bonnes habitudes de vie dans un environnement « obésogène » 

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Un pour tous et tous pour un

Changer une habitude est loin d’être facile, il faut y mettre les efforts, mais surtout être soutenu pour maintenir nos changements de comportements. La prise de conscience du rôle de la santé publique provoquée par la pandémie est un bon point de départ pour agir en faveur du bien-être et de la santé de tous. Il est possible de favoriser la coopération des différents ministères et autres organisations non gouvernementales afin de tendre vers ce même objectif de saines habitudes de vies et de prévention. En brisant les silos entre les ministères, on parle ainsi d’une collaboration interministérielle, j’ai d’ailleurs fait mon mémoire de maîtrise sur ce sujet en 2011 . Plus que jamais, cette crise sanitaire a mis en lumière l’interrelation entre la santé et plusieurs autres grandes missions de l’État que ce soit dans le domaine de l’économie, l’emploi, la sécurité publique, l’éducation, la famille, le transport, l’alimentation, les affaires municipales et l’environnement. 

Quelques exemples

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Pourquoi ne pas se doter d’un système d’autonomie alimentaire dans la province en développant des jardins communautaires, en encourageant les familles à cuisiner ensemble et en soutenant davantage les agriculteurs d’ici? Ce serait une belle façon de redéfinir nos priorités en matière de nutrition et d’assurer un système autonome tout en stimulant les emplois ici.  Je souligne d’ailleurs l’initiative de la ville de Victoriaville qui dévoilait récemment son plan d’agriculture urbaine. Le développement d’un réseau de transport favorable aux déplacements à vélo ou à pied contribue aussi à la santé d’une population. Éviter de construire de grandes autoroutes et plutôt miser sur le transport actif/collectif, avec des vies de quartiers animées où l’on peut aller faire nos courses dans les commerces de proximité. Non seulement les gens seraient plus actifs, mais nous encouragerions à la fois les achats locaux. 

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Des organisations pour aider les communautés vulnérables

 En plus de la sphère politique, les organismes québécois qui se mobilisent pour lutter contre les inégalités sociales et la violence occupent un rôle primordial dans ce nouveau plan d’action. Parmi eux, OLO avec son programme d’aide aux femmes enceintes dans les milieux vulnérables ou encore la bien connue Popote roulante qui se déplace pour nourrir les personnes en situation d’itinérance. Plusieurs aides alimentaires comme La Tablée des chefs,  Les ateliers cinq épices et Croquarium mettent aussi la main à la pâte pour contribuer activement à nourrir, stimuler et éduquer les enfants vers une saine alimentation.  Au Québec, il existe la politique gouvernementale de prévention en santé  politique gouvernementale de prévention en santé (PGPS). 15 ministères, organismes et membres leader de la société civile travaillent depuis des années à maintenir et améliorer la santé de notre plus grande richesse : Notre capital humain ; nos ressources humaines. Notre développement économique en dépend considérant le vieillissement de la population ainsi que la pénurie de main-d’œuvre. En agissant sur les déterminants de la santé à moyen et long terme, on peut éviter les maladies qui sont créées par l’homme et diminuer les impacts sur notre système de santé.

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En alliant toutes les expertises et connaissances possibles des différents milieux, nous contribuerions à l’intersectorialité (qui est au cœur du plan d'action interministériel 2017-2021 de la Politique gouvernementale de prévention en santé!) et nous arriverions à créer une société qui privilégie la qualité de vie et la santé des citoyens. 

Passer de l’idée à sa réalisation… parfois complexe

Évidemment, tous ces changements peuvent paraître complexes à réaliser à court terme. Je suis de nature optimiste et je ne peux croire qu’une crise comme celle que nous vivons actuellement ne nous incitera pas collectivement à réfléchir et à agir autrement.

En mars dernier, qui aurait cru que plusieurs d’entre nous seraient presque exclusivement en télétravail? Pourtant, en quelques semaines, la grande majorité des entreprises ont mis en œuvre des moyens pour répondre à cette nouvelle réalité qu’a imposé le virus. Une solution d’urgence qui va probablement rester partiellement en place, puisqu’elle permet de concilier famille-travail, de bénéficier d’horaires plus flexibles et de réduire les heures passées dans le transport.

Pendant la crise, le gouvernement a été très proactif et fait preuve de leadership pour protéger la santé des Québécois. Il est possible de poursuivre ce travail de mobilisation!

En cristallisant la mobilisation des partenaires gouvernementaux, municipaux, économiques, environnementaux et sociaux au sein de la PGPS, nous pourrons collectivement être en mesure de faire face aux nouveaux défis imposés par les risques de contamination et d’augmenter notre degré de résilience face aux crises et aux changements sociaux et environnementaux

Nombreuses sont les entreprises qui ont compris que la bonne santé physique et mentale de leurs employés demeure leur meilleur investissement. D’ailleurs, le Groupe entreprises en santé offre aux entreprises des outils afin de maintenir la santé des employés. 

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En plus des changements causés par la COVID, une série d’actions complémentaires devront être apportées pour conserver une main-d’œuvre épanouie et éviter d’augmenter les problèmes de ressources humaines. 

Mieux vaut prévenir que guérir 

Mon grand souhait est que la prévention prenne la place qu’elle devrait occuper dans nos priorités comme société.  Plusieurs élus nous le répètent qu’ils sont prêts…encore faut-il que la population adhère aux changements proposés pour agir en prévention et réclame des investissements pour améliorer notre qualité de vie.

La COVID est une pandémie transmissible qui nous a tous pris par surprise. Une fois cette crise sanitaire derrière nous, l’autre pandémie, celle qui fait des ravages depuis des décennies, celle que l’on peut éviter par de bonnes habitudes de vie, sera toujours là! Oui, investir en prévention peut sauver bien des vies!

Chaque dollar investi dans la prévention permet à la société de sauver des milliers de dollars à moyen et long terme et d’éviter des problèmes reliés aux maladies chroniques. 

Je vais poursuivre mon travail de collaboration avec les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux avec le même enthousiasme puisque je crois profondément que notre santé et notre qualité de vie sont notre plus grande richesse individuelle et collective. 

Quel beau projet de société!

Sylvie 

 


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