La pédagogie en plein air pour une société physiquement en santé (et éduquée!)

24 novembre 2020

Aménagement des milieux de vie à l’extérieur et la pédagogie active et en plein-air

Dans les dernières semaines, j’ai eu le privilège de discuter avec Jean-Philippe Ayotte-Beaudet, professeur à la Faculté d'éducation de l’Université de Sherbrooke et codirecteur au Centre de recherche pour l'enseignement et l'apprentissage des sciences.

Il a partagé aux membres de la Table sur le mode de vie physiquement actif (TMVPA), lors d’une conférence virtuelle, le fruit de ses recherches sur l’aménagement des milieux de vie à l’extérieur ainsi que la pédagogie active et en plein-air.

Il a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs reportages depuis le début de la COVID, dont cet article dans La Presse.

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Avec une spécialisation en éducation et une expérience d’enseignant aux niveaux préscolaire et primaire, Jean-Philippe travaille depuis plusieurs années à démontrer les bienfaits de la pédagogie en plein air pour en faire le pilier essentiel d’une société physiquement active.

Ce sujet qui me tient particulièrement à cœur, cadre avec mes convictions sur l’importance d’adopter et de maintenir de saines habitudes de vie. Comme mère et nouvellement grand-maman, je m’intéresse à toutes les recherches qui nous aident à mieux comprendre comment nous pouvons offrir les meilleures conditions d’apprentissage aux jeunes pour favoriser leur épanouissement. Les recherches sur la pédagogie en plein air pourraient s’avérer une piste intéressante à explorer.

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Et si le contexte de la pandémie actuelle devenait l’occasion de réfléchir à de nouvelles approches en pédagogie ?

On le sait, la pandémie nous confronte à de nouvelles réalités, certaines difficiles et d’autres qui peuvent nous offrir des opportunités. Pour Jean-Philippe et son équipe, le contexte actuel offre une ouverture unique pour nous sensibiliser à son approche.  La pédagogie à l’extérieur facilite la distanciation sociale tout en maintenant le programme scolaire et en diminuant les risques de transmissions de la COVID. L’engouement médiatique des derniers mois à cette nouvelle approche nous confirme que c’est le bon moment pour mettre de l’avant-plan cette initiative qui cadre plus que jamais avec notre nouvelle réalité.  

Jean-Philippe a commencé à s’intéresser à la question en 2014, après une visite en Finlande. N’ayant jamais été un grand adepte d’entraînement en salle, c’est en découvrant le parc central de Helsinki qu’il a choisi de se pencher sur l’importance d’aménager des installations publiques pour inciter la population à s’entraîner à l’extérieur. Cette expérience lui a permis de se remettre à l’entraînement (et il n’a jamais cessé d’être actif depuis !). 

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Il a transposé ce concept au système scolaire déjà en place au Québec. Suite à une première implantation de classes extérieures concluante, à l’université, les recherches se poursuivent et s’orientent vers le développement d’un pôle complet axé sur la pédagogie extérieure, et ce, pour tous les niveaux scolaires.

Quelle est l’influence de la nature sur l’apprentissage ?

Certaines recherches effectuées auprès d’élèves du primaire et du secondaire ont démontré que le contact avec la nature a des effets bénéfiques sur l’attention, qu’il diminue le stress, qu’il renforce l’autodiscipline, qu’il favorise les relations de coopération, qu’il encourage le développement cognitif, social et physique en plus d’augmenter la motivation et de favoriser l’activité physique.

En effet, Jean-Philippe et ses collègues ont mis plusieurs projets pilotes en place afin de peaufiner les formes que peut prendre la pédagogie en plein air.  Parmi celles-ci, les chenilles-espionnes (permettant aux jeunes de cerner les réels impacts de la biodiversité), les sciences dehors (offrant aux étudiants la possibilité d’observer les phénomènes naturels là où ils se produisent), ainsi que l’instauration de classes extérieures à l’Université de Sherbrooke (visant à favoriser les activités d’apprentissage en présentiel en temps de COVID-19). Ces projets s’avèrent des réussites offrant des expériences positives aux participants.

La pédagogie active encourage l’implication des participants et stimule la pédagogie mobilisatrice. Elle vient éveiller l’individu tant au niveau cognitif que physique favorisant plusieurs types de développements. Inutile de penser que la pédagogie en plein air requiert obligatoirement la présence d’une forêt vierge de proximité. Il y a de nombreux environnements naturels qui nous entourent et que nous pouvons utiliser pour adopter un mode de vie actif, même en plein centre-ville !

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La pédagogie entourée des végétaux et des oiseaux !

Essentiellement, l’idée véhiculée est celle d’évaluer les écosystèmes, urbains ou naturels, pour arriver à aménager des milieux de vie en plein air qui soient accessibles à l’ensemble d’une communauté. Dans une optique d’éducation, il s’agirait de miser sur les milieux à proximité des écoles pour améliorer les conditions d’apprentissage de nos jeunes.

Que ce soit en région où en ville, nous sommes entourés de végétaux, d’oiseaux, de ciels, de sols et d’infrastructures publiques variées. Ces ressources contribuent à former des milieux de vie extérieurs pour développer un mode de vie physiquement plus actif et l’apprentissage.

Un excellent exemple d’endroit qui gagnerait à être aménagé demeure celui  des berges du St-Laurent sur la Rive-Sud de Montréal. Un espace sublime qui possède un énorme potentiel, autant naturel qu’urbain. Les communautés pourraient pleinement en profiter si l’aménagement extérieur était approprié. Situées à proximité de plusieurs écoles, les berges pourraient faire œuvre de laboratoire pour que nos jeunes transposent les enseignements académiques dans la nature. Oui, il serait possible de sortir beaucoup plus à l’extérieur et de poursuivre notre apprentissage académique !

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Des aménagements bénéfiques pour tout le monde et toute l’année ?

Afin de refléter la réalité de chacun, nous nous devons de réfléchir à aménager des milieux de vie à l’extérieur qui répondent à l’ensemble des besoins de nos membres.

Par exemple, une stratégie particulière doit être réfléchie pour faciliter la participation des personnes possédant des handicaps visibles et non visibles. Pour le moment, des projets de recherche concrets sont en cours de développement et verront le jour en 2021.

Le Québec regorge de potentiel, mais la saison froide demeure un frein à la tenue de classes extérieures. Des alternatives sont toutefois disponibles pour permettre le déroulement d’activités en continu tout au long de l’hiver.  Le projet des sciences adapté à l’extérieur permettra aux jeunes de sortir, peu importe la saison. Les études sont unanimes… plus nos jeunes apprivoisent les jeux extérieurs au moins une heure par jour, plus ils sont à sortir dehors, quelle que soit la température.

À titre de présidente de la TMVPA depuis 2011, je crois profondément à cette vision, puisqu’elle vise à sincèrement améliorer la santé physique, mentale ainsi que les saines habitudes de vie des Québécois tout en mettant notre sublime nature à contribution !

Merci à Jean-Philippe pour ce vent de fraîcheur !

Sylvie


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